Les chambres fédérales ont cédé aux chantres du grand théatre sécuritaire des américains, qui veulent tout ficher : les passeports et cartes d’identité suisses comporteront tous les deux nos données biométriques, et ce dès 2010.
En dehors de certains cas rares tels que l’identification de victimes lors de catastrophes, la seule vraie raison d’être de ces documents est d’alimenter une quantité de bases de données sur nos activités, déplacements, et habitudes.
Il faut en effet bien comprendre ce qui se passe lorsqu’en tant que vacancier, vous tendez votre document d’identité à un douanier. Il le prend et le dépose sur son bureau 30 cm en dessous de votre regard. Là, il est scanné, et suite à une requête SELECT dans une base de données, le douanier connaît instantanément votre état (par exemple criminel en fuite du pays). Il y a cependant fort probablement une autre requête dans une base de données : un INSERT ! Votre sortie du pays est documentée. Bref : vous êtes tracé !
A propos : des millions de gens inconscients de ce problème courent nos rues : les porteurs de cartes Cumulus et Supercard. Tout ce qu’ils achètent est documenté, stocké, analysé, profilé. Avec leur nom collé dessus. Et leur âge, et leurs goûts. Il ne manque que leurs profils psychologiques et leurs fantasmes. Quoique qu’en listant leurs achats de livres et documents multimédias…
Retour aux documents biométriques : le problème le plus grave, c’est l’utilisation frauduleuse qui sera faite de ces données. Elles seront stockées dans des serveurs, dans les caves des cantons ou de la Confédération, dans des grosses bases de données Oracle. Le contrôle d’accès à ces bases constitue le problème principal : l’amateurisme le plus crasse règne dans les couloirs des services informatiques publics. Ce n’est pas de la spéculation. J’y ai travaillé, je le sais. Et ce n’est pas de la faute aux employés eux-mêmes, mais plutôt à la grosse machine dans laquelle ils tentent d’exercer leur métier. Les disfonctionnements sont simplement créés par le fait que les administrations ne connaissent aucune concurrence, et peuvent donc faire n’importe quoi sans que le marché ne les force à une certaine efficacité.
Dans le domaine de la sécurité informatique, les spécialistes de MELANI ont plusieurs fois alerté leurs supérieurs de leur manque d’effectifs. Sans véritable effet. Je n’ose pas imaginer les effets désastreux sur l’image du pays le jour ou nous serons vraiment attaqués sur ce front.
Mais bon, ça n’arrivera pas, comme d’ailleurs l’attaque dont a été victime le département des affaires étrangères. Elle n’est pas arrivée. Sans quoi, des mesures auraient bien sûr été prises.
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