la fin d’un gâchis considérable

Oracle bat Alinghi 2 – 0. L’Américain a montré des vitesses en moyenne 5 – 10% supérieures. Qui est étonné ?

Quand on me demandait mon pronostic l’été dernier, je disais que les régates seraient inintéressantes, qu’on verrait après 15 minutes quel bateau serait le plus rapide, et qu’il dominerait alors les 2 manches de manière nette.

Dès qu’Oracle a présenté son aile, il était clair qu’ils allaient gagner. Mon pronostic ne changea que pour nommer le bateau qui allait dominer “s’ils ne cassent pas, Oracle gagnera nettement”.

Pas de “Schadenfreude” du style “c’est bien fait” ou de triomphalisme parce que mon pronostic de navigateur amateur s’est révélé correct. Mais quand même une explication : depuis presque 100 ans, les aviateurs avaient constaté que les ailes rigides avaient une meilleure portance que les ailes toilées. D’ailleurs, si la toile était meilleure que le rigide, l’Airbus A380 en serait doté sans aucun doute. C’est pour ça qu’Oracle a gagné, malgré toutes les anneries que vous lirez ces prochains jours. Bon, si Ernesto avait mis son amour propre dans sa poche et Loïc Peyron à la barre, les écarts auraient peut-être été moins marqués.

Et alors, pourquoi donc les autres voiliers de course n’ont-ils pas des ailes à la place de leur grément de toile ? Ont-ils vraiment inventé quelque chose, ces Américains ? Mais non ! Ca fait bien longtemps que des bricoleurs fêlés et autres fadas essaient des voiles rigides, par exemple avec le catamaran Stars and Stripes de Dennis Conner en 1988, et plus récement Ben Hall sur son Classe A. Les Classe C récents (photo) ont aussi des voiles rigides.

Alors pourquoi n’en voit-on pas plus, de ces ailes ? Probablement parce que leur manipulation n’est pas facile : on ne peut laisser le bateau gréé sans surveillance, c’est gros à transporter, difficile à gréer, cher à construire, fragile, etc. Plein de bonnes raisons pour ne pas vraiment vouloir se lancer, sauf si on veut gagner la coupe de l’America et que le budget n’a pas de limites.

Le plus triste, dans cette gonfle qu’on se dépéchera d’oublier, c’est ce qui va se passer avec ces deux monstres : ils vont passer à la poubelle, ou se retrouver au musée des transports à Lucerne, ce qui revient à peu près au même : un bateau de cette taille ne peut que difficilement rester gréé sur la durée, en raison de l’attaque des UV sur les fibres modernes. Qui voudra payer le changement des haubans tous les 3 ans pour que des gamins puisse dire o0hhh et aahhh ?

Au bilan final, il faut comprendre que le vrai sport de la voile n’a rien à voir avec ce cirque. Les vrais régatiers courrent sur des monotypes, les gagnants ne peuvent pas changer les règles après chaque victoire. La vraie voile, c’est les copains, un bateau, du vent et un peu de temps libre. La vraie voile, c’est des clubs, des bénévoles qui forment des juniors et organisent des virées, une ambiance, la vie, quoi ! A tous ceux qui se réjouissent de la saison qui commence, j’adresse les voeux des “US Marines” : “Fair Winds and Following Seas !”

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